Partager l'article ! Le sourire: J'étais prêt à toutes les concessions, à tous les sacrifices. Je ne demandais qu'une chose: une fois seulement pouvoir b ...
UN PEU DE LECTURE
Nouvelles littéraires (très) amateurs
J'étais prêt à toutes les concessions, à tous les sacrifices. Je ne demandais qu'une chose: une fois seulement pouvoir briser le mur invisible derrière lequel tu es retranchée et partager un de tes secrets. Pas n'importe lequel, le seul qui vaille la peine d'être découvert, celui que tu caches derrière ton sourire.
Ça ne me paraissait pas démesurée comme requête. Parmi tous ceux qui se sont intéressés à toi, je n'étais certainement pas le plus exigeant. Et avec tout ce que j'ai sacrifié pour toi, je méritais cette réponse plus qu'aucun autre. Du jour ou je t'ai approchée, je n'ai plus vécu que pour toi. Et ce besoin de comprendre n'avait rien à voir avec de la jalousie ; je voulais simplement savoir à qui tu souriais quand désespérément je restais devant toi et que ton regard me traversait sans me voir. J'ai failli devenir fou, passant des nuits blanches à me torturer l'esprit, à m'accrocher au plus petit détail qui aurait pu être l'esquisse du début d'une réponse, toujours sans résultat.
Je t'ai sacrifié des années, les plus précieuses, celles qui m'auraient permis de faire de grandes choses si tu n'avais pas été là. Puis je me suis résigné sans pour autant accepter de t'abandonner. Comme d'autres avant moi, beaucoup sans doute, chaque matin me laissait croire que cette journée serait celle ou je serais fort, ou enfin tu quitterais mon présent pour devenir mon passé, ou je t'abandonnerais, ou je me résignerais à ne pas être celui qui sourirait pour les même raisons que toi. Et chaque soir je rechutais, repoussant la rupture au lendemain.
Je ne compte plus les fois ou désespéré j'ai couru te retrouver. Pas une fois ta porte ne m'a été fermée, mais jamais tu ne t'es ouverte à moi. C'est peut être ce qui a été le plus dur: te voir, tendre la main et t'effleurer, te croire apprivoisée pour finalement réaliser le contraire. A défaut de pouvoir partager ce qui illuminait ton visage, j'aurais aimé comprendre. Mais non. Ça aussi tu me l'as toujours refusé. Tu étais avec moi mais ton regard trahissais ton absence. Je n'ai jamais vraiment existé pour toi. Là seule chose à laquelle je pouvais m'accrocher était ton sourire, cette lumière sur ton visage. Un rayonnement, un bien être perdu quand l'homme s'est fait mettre à la porte du jardin d'éden et que tu as retrouvé je ne sais comment. Et c'est un trésor que tu as su précieusement garder. Pas un indice qui m'aurait permis de deviner pourquoi, à qui tu souriais. Et dans ces instants ou je me sentais rejeté, la rage emplissait mon corps. Mes poings se serraient jusqu'au sang, mes mâchoires se crispaient à en faire éclater les dents, ma respiration se faisaient haletante jusqu'à ce que j'explose dans un hurlement silencieux. Et toi tu restais impassible, continuant de sourire comme si de rien n'était. Qu'est ce qui t'autorisait cette arrogance ? De quel droit te permettais tu de conserver ce secret pour toi toute seule. Aurais tu été plus pauvre si tu l'avais partagé ? Tu n'as jamais eu plus fervent et plus patient admirateur que moi. J'aurais pu écrire cent livres sur toi sans arriver à dire le dixième de ce que tu signifiais pour moi. S'il n'y avait eu qu'un homme sur terre méritant que tu le mettes dans la confidence, ça aurait été moi.
Mais non. Tu m'as toujours ignoré. Aujourd'hui comme hier et comme le jour d'avant. Et je ne suis qu'humain... Il était évident que je ne pourrais vivre éternellement empli de cette rage, de cette volonté de me battre que tu as été la seule à m'insuffler. Aujourd'hui, cette flamme s'est finalement éteinte. Je ne ressens plus qu'un immense vide, celui d'un amant éconduit en douceur qui ne peut même pas se réfugier dans la haine de celle qui le rejette.
Aujourd'hui sera ma dernière visite. Demain, j'aurai quitté mon travail, ma maison, ma ville. Paris sera derrière moi, le musée aussi. Je serai en route pour un petit village de province peuplé de gens simples qui, avec un peu de chance, ne te connaissent pas ou vaguement. Des gens heureux qui m'aideront peut être à le devenir aussi, sans toi. J'abandonnerai sur le bord du chemin tout ce qui pourrait te rappeler à moi: les livres, les dessins, les peintures. J'enfermerai ton nom et ton image dans une petite boite enfouie au plus profond de ma mémoire, jusqu'à t'oublier.
Je ne saurai jamais ce qui te fait sourire ainsi, mais j'apprendrai à vivre avec. Adieu Mona Lisa.
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